Rapport Trêve août 2005

Publié le par ADDEC

AU BOUT DE LA TREVE ET AU CŒUR DE LA CRISE.

L’UNIVERSITE DOIT CESSER D’ETRE POUR EXISTER

TABLE DES MATIERES

I. INTRODUCTION  

II. SUR LES ENGAGEMENTS, QUEL BILAN ?

1. Sur la mort des étudiants de Buea

2. Sur les droits universitaires …… 

3. Sur le statut de l’Etudiant ……

4. Sur les urgences relatives au fonctionnement des universités ……

a. Financement 

b. Fonctionnement des Comités de dialogue et de suivi au sein des universités 

c. Sur l’évaluation de l’utilisation des subventions de l’Etat.  

5.Hystérie sécuritaire sur les campus 

6. Blocage administratif des actions de l’ADDEC sur les campus

7. Sur la question des logements universitaires.

8. Sur des considérations d’ordre général 

III. CONCLUSION  
 

COMITE DE REDACTION

 

  • INTRODUCTION

 

  • L’histoire retiendra que les étudiants camerounais, en ce printemps de l’année 2005, ont choisi d’engager la résistance. Les campus sont devenus des fronts de refus et de résistance à la mort culturelle de notre société que traduit et matérialise la lente déréliction des universités.
  • Les étudiants se sont révélés brutalement et pacifiquement contestataires en bousculant les mythes de l’ordre autoritaire qui persistent insidieusement sous les faux semblant de libéralisme politique et social. Plus de peur, plus de soumission, plus d’infantilisation alors qu’il y’a menace sur la pensée et sur la culture. Si l’Université devient une fabrique d’imbéciles, nous sommes condamnés. Les « pères » ne méritent plus respect s’ils ont failli à leurs missions.
  • Les étudiants ont refusé de rester couchés. Ils se sont réveillés et levés, en un sursaut vital, comme un seul Homme. Ils ont en effet compris l’appel du sage bambara : Naan laara, an saara « si nous restons couchés, nous sommes morts ». L’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC), s’est employée à faire écho à cet appel à la vie, au réveil, devenu sa devise.
  • La lutte engagée par ces étudiants de la capitale politique s’est emparée, en une vague irrésistible et insubmersible des campus de province. L’UBSU à Buéa, SOS Solidarité estudiantineà Douala sont ces visages nouveaux qui, à la suite de l’ADDEC, posent les contours d’une société civile estudiantine fondée sur la revendication d’autonomie, d’indépendance, de participation, d’autodétermination et de réforme démocratique de l’Université camerounaise.
  • Et le Pouvoir face à tout çà ? Nous l’avons fait descendre de son piédestal. Nous l’avons banalisé, persiflé, ridiculisé. Nous l’avons fait asseoir, nous avons mis à nu son imposture. Nous l’avons vu supplicateur après qu’il a été menteur, flagorneur, corrupteur et manipulateur. Encore une fois, il n’a pas résisté à la pulsion sadique. Il a utilisé le fusil et la matraque pour préserver l’ordre de la bêtise contre la déferlante de la raison et de la vérité. Cette dérive schizophrénique nous a imposé des sacrifices, bien au-delà de la grève de la faim et de la grève que nous n’avions pas souhaitée.
  • Le Gouvernement a avoué l’assassinat de deux étudiants par les forces de police ; nous en avons dénombré quatre. La répression n’a rien arrangé face à la non violence des étudiants.
  • L’opinion publique nationale et internationale a été prise à témoin grâce à la presse et aux médias privés engagés. Ils ont en effet aidé les étudiants à imposer un dialogue franc et républicain au gouvernement. En allant à la table des négociations et en choisissant de suspendre la grève malgré l’insatisfaction du moment, nous agissions par patriotisme en donnant une dernière chance à ce Gouvernement. Nous l’avons amené à prendre des engagements devant l’histoire. S’il croyait nous piéger, c’est lui qui a été pris dans son propre piège. Il s’est empalé au pieu que lui-même a aiguisé.
  • Trois mois sont passés. Au-delà de la propagande Gouvernementale, Quels constats faut-il faire ? Qu’en a-t-il été des suites réservées aux revendications des étudiants ? Sur quelles positions envisager la rentrée académique d’octobre prochain ? Quelles idées, quelles attentes, quelles aspirations charrient les revendications estudiantines d’Avril ? Ce document qui est notre regard sur la trêve organise ses développements autour de ces questionnements.

 

  • SUR LES ENGAGEMENTS, QUEL BILAN ?

 

  • Les résolutions finales de la rencontre MINESUP/ADDEC tenue le 07 mai au Ministère de l’Enseignement Supérieur et adoptées par les deux parties nous servent de points de référence pour la présente évaluation. Il s’agît d’apprécier le niveau d’exécution des engagements pris par le Gouvernement et les réponses que celui-ci a pu apporter aux attentes soumises à l’attention du Chef de l’Etat.

1. Sur la mort des étudiants de Buea.

  • Aucun rapport d’enquête officiel n’a pu être rendu public à ce jour. Les coupables sont certainement demeurés impunis. Au lieu des deux étudiants tués comme l’indique le bilan officiel, nous avons établi qu’il s’agissait de trois étudiants. Les nommés :

  • Gilbert NFORLEM
  • Aloysius ABOUAM
  • ENOW LAURA
  • Les deux premiers sont les victimes officielles, abattues à bout portant au cours de la journée du 28 avril 2005.Quant à Enow Laura, après avoir subi les tortures des éléments de la police, elle est décédée des suites de ces traumatismes le 14 mai 2005 au Nord-ouest.
  • Une quatrième victime aurait été violée et tuée lorsqu’elle tentait de quitter Buéa au niveau du lieu dit Mile Sixteen d’après les témoignages d’une de ses camarades qui, dans les mêmes circonstances a subi un viol ; elles ont été plusieurs à être victimes des abus des forces de l’ordre sur lesquelles elles sont tombées pendant qu’elles essayaient de quitter la ville de Buéa afin d’échapper aux émeutes.
  • Nous continuons à enquêter sur ces dérives et avons émis le vœu de voir la journée du 28 avril consacrée, en mémoire de ces étudiants, journée de l’étudiant camerounais. Si on vient à oublier ce qui est arrivé, d’autres morts surviendront dans les mêmes circonstances.

 

2. Sur les droits universitaires

  • Le Comité chargé de réfléchir sur cette question n’a jamais siégé . Aucune avancée significative n’a été enregistrée dans l’attitude du Gouvernement sur ce dossier éminemment sensible pour les étudiants peu disposés à se contenter du réaménagement du mode de paiement fixé désormais à deux tranches de 25.000fcfa payables par semestre.
  • La gratuité de l’Enseignement Supérieur est traitée comme une question taboue . Le refus de négocier ; tel semble être le choix pour lequel notre Gouvernement a opté. Arguant parfois des contraintes et restrictions imposées par les bailleurs de fonds, ce gouvernement n’envisage aucune perspective d’innovation positive alors que nous avions proposé d’examiner la solution fiscale fondée sur l’imposition d’une taxe universitaire pouvant consister en un redéploiement d’un certain nombre de taxes existantes (audiovisuelle, foncière).
  • En outre, sous le regard toujours complaisant de la tutelle, une parcelle des formations se privatise au sein des universités publiques. Les formations dites professionnalisantes sont devenues un marché lucratif pour bien d’enseignants et Chefs d’établissements qui imposent des frais d’inscription de l’ordre du million de FCFA. Savoirs et qualifications se vendent aux plus nantis.
  • L’exclusion économique pose ainsi les bases de la discrimination, de la marginalisation, et de l’exclusion culturelle dans un fonctionnement en cercle vicieux. L’Idée de la République est ruinée, son devenir compromis, dès lors que l’Etat ne se préoccupe plus de garantir l’égalité de chance d’accès à l’université à nombre de camerounais pauvres. C’est manifestement une question de choix et de volonté politique.

 

3. Sur le statut de l’Etudiant.

  • Aucune avancée concrète n’a été enregistrée . Le sentiment que notre gouvernement n’agît que sous pression s’apprécie objectivement au regard de ce que, c’est au plus fort de la grève que le Ministre de l’Enseignement Supérieur, M. FAME NDONGO a signé une décision portant création d’un Comité technique ad hoc chargé de l’élaboration du statut de l’étudiant.
  • Cette décision est restée lettre morte. Cette inertie constitue de toute évidence une expression de mauvaise volonté masochiste. Faut-il rappeler que voici plus de trois ans que les étudiants et l’Eglise catholique déposaient sur la table du Ministère de l’Enseignement Supérieur deux projets de charte de droits et devoirs de l’Etudiant ?
  • Inutile d’évoquer ici la non tenue du Comité Tripartite de Suivi des rencontres MINESUP/ Etudiants des universités publiques qui devaient en principe valider ce projet de Statut de l’Etudiant. Des correspondances ont été envoyées dans les universités et les étudiants se sont déplacés de Douala, Ngaoundéré, Dschang et Soa pour apprendre au Ministère, l’annulation des travaux. Sa convocation étant désormais renvoyée à une hypothétique échéance ; il faut craindre qu’à la prochaine rentrée académique, le statut attendu ne soit pas promulgué.

 

    • Sur les urgences relatives au fonctionnement des universités.
  • En attendant la mise en œuvre des réformes de fonds, un certain nombre de redressements ont été envisagés dans l’urgence :

a. Financement

  • La précarité des caisses de l’Université ayant été fortement mise en cause, le déblocage de près de cinq milliards de francs CFA d’arriérés de subventions dues aux universités a été effectué, sur instruction du Chef de l’Etat et sous de forts effets de propagandes, en vue de soutenir la réalisation des actions d’urgence.
  • Au regard des informations que nous avons à ce jour, à peine 45% des fonds attendus ont été effectivement versés aux universités. Un communiqué du MINESUP daté du 03 Mai 2005 précise que cette « dotation exceptionnelle » est destinée à la réalisation des opérations d’urgence telles que : le paiement des prestations dues aux enseignants permanents et aux moniteurs, les allocations de recherche en faveur des étudiants doctorants, l’équipement des laboratoires, la réhabilitation des restaurants, la modernisation des sanitaires et toilettes, le démarrage de la construction des infrastructures d’hébergement des étudiants, l’accroissement du financement des départements et l’approvisionnement des bibliothèques.
  • Le caractère assez vague du type d’objectifs sus définis procède manifestement de l’option pour une stratégie démagogique que confirme bel et bien la réalité trois mois après :
  • S’agissant des prestations d’enseignement, les enseignants se sont taillés la part du lion alors que les moniteurs ont obtenu avec beaucoup de peine le paiement de leurs arriérés et cumulent encore à ce jour deux à trois mois d’arriérés au titre du trimestre qui vient de s’achever.
  • S’agissant des allocations de recherche en faveur des doctorants, aucun paiement n’est effectif à ce jour.
  • L’équipement des laboratoires malgré de curieux effets d’annonce persistants reste attendu. A l’Université de Yaoundé 1 par exemple, les laboratoires de la Faculté des sciences ont reçu l’équivalent de 30.000fcfa (trente mille francs CFA) à peine suffisant pour acquérir un becher. On ne peut qu’en sourire.
  • Les départements n’ont notamment reçu que les tranches minables de subventions prévues par le budget.
  • Le démarrage de la construction des infrastructures d’hébergement des étudiants reste une vue de l’esprit. A ce jour aucun appel d’offres n’a été lancé dans cette perspective. Le seul chantier en cours est celui de la cité de l’ingénieur et du médecin réalisé à Yaoundé 1 et engagé sur financement mixte. La relance des travaux annoncée en grande pompe à la télévision nationale à la suite d’une visite du MINESUP, reste attendue.
  • La réhabilitation des restaurants est une expression trop globalisante alors que les réalisations sont strictement parcellaires et de moindre importance. A peine 2% des financements ont pu être affectés à la réparation du matériel défectueux dans les restaurants et sont susceptibles par conséquent d’avoir un impact durable.
  • La modernisation des toilettes et sanitaires n’a consisté qu’en installations encore précaires pour les quelques unes qui ont été retouchées.
  • Les forages annoncés consistent, d’après ce que nous avons pu constater, en réalisation de quelques points d’eau à la fonctionnalité rudimentaire et en totale inadéquation fonctionnelle avec les besoins propres à un environnement universitaire. Ces aménagements fort peu reluisant et ruralisant, n’ont d’ailleurs été effectifs qu’à Yaoundé 1.

b. Fonctionnement des Comités de dialogue et de suivi au sein des universités.

  • Il y’a lieu de constater qu’aucun de ces Comités n’est opérationnel. En effet, il avait été annoncé la création de Comités ayant pour mission, la surveillance de « la mise enœuvre des résolutions finales (…) et des mesures de consolidation de la confiance, au sein des universités d’Etat  ». Le chronogramme de référence adopté par le MINESUP est resté sans suite.

c. Sur l’évaluation de l’utilisation des subventions de l’Etat.

  • En violation de la lettre et de l’esprit des accords :
  • les rapports dressés par les chefs des institutions universitaires sur l’utilisation des subventions, n’ont pas été l’objet d’une communication à l’ensemble de la Communauté universitaire.
  • la représentation des étudiants n’a pas été assurée au sein du Comité descendu sur le terrain aux fins de procéder à ces évaluations. La lisibilité de sa démarche reste par conséquent sujette à caution.
  • Les réunions d’évaluation Etudiants /Comité (MINESUP) placées sous la présidence des Recteurs, n’auront pas obligé ceux-ci à lever l’opacité sur leur gestion, en répondant aux questions des étudiants.
  • Le recentrage des priorités et des actions urgentes est loin d’avoir été un impératif. Car, à titre illustratif, comment comprendre l’urgence de l’achat du papier hygiénique à 10 000 000Fcfa (dix millions de fcfa) pour des toilettes réfectionnées au rabais et quasi inutilisées par des étudiants au détriment d’un matériel primordial comme la craie, le papier, l’encre, etc. qui continuent de manquer cruellement dans nos départements.
  • Cet exemple tiré parmi tant d’autres montre à suffisance la mauvaise orientation des priorités dans la gestion des subventions. Sans discréditer les conclusions du Comité qui, malheureusement, tardent à être divulguées, relevons pour les déplorer ces vices de forme dans cette gestion et l’évaluation subséquente.

 

5.Hystérie sécuritaire sur les campus

  • Force est de constater que le campus de Ngoa Ekellé , de Douala et de Buea sont toujours pris d’assaut par les forces de police et de sécurité au mépris de la résolution n°4 des Accords de Yaoundé (MINESUP/ADDEC) qui recommandait le départ immédiat des forces armées des campus.
  • Leur présence, sans lien évident avec un impératif sécuritaire, met en évidence le bellicisme caractériel de l’autorité, plus soucieuse d’entretenir la conflictualité, la méfiance et la provocation. Elle fait le choix d’une sécurocratie dispendieuse au détriment des mesures de satisfaction susceptibles d’apaiser effectivement les étudiants.

 

6. Blocage administratif des actions de l’ADDEC sur les campus

  • Plusieurs prises de position du Gouvernement depuis le début de la trêve laissent entrevoir une volonté d’entretenir des poches de blocage, de réticence, et d’antipathie vis-à-vis des actions de l’ADDEC :
  • En violation de la résolution N°5 des accords de Yaoundé relative à « la reconnaissance officielle de l’ADDEC et de son autorisation de fonctionnement dans toutes les universités d’Etat », les réunions de l’ADDEC sur le campus de l’université de Yaoundé II ont été l’objet de mesures d’interdictions et de représailles. Même les documents introduits dans les services de la Division des Activités Sportives et Associatives et du Rectorat de cette université, auraient « disparus ».
  • Les mesures de rétorsion prises à l’encontre du SENAT des Etudiants, le 31 juillet dernier, ont occasionné la mobilisation intempestive, disproportionnée et abusive des moyens de la force publique ainsi que la mise sous scellée des amphithéâtres susceptibles de servir de cadre de réunion, en violation flagrante des franchises et des libertés universitaires.
  • La non inclusion délibérée des membres de l’ADDEC dans les diverses commissions d’évaluation relève également de cette hostilité et fonde le doute sur la crédibilité et la transparence de leurs activités.

 

7. Sur la question des logements universitaires.

  • Aucune politique et aucune stratégie cohérente, globale et plus performante que les tentatives en cours ne sont définies et envisagées à terme par le Gouvernement pour apporter une solution, fut-elle progressive, à l’épineux problème du logement étudiant.
  • L’adhésion massive des étudiants à l’opération de boycott des loyers chers dans la zone de Ngoa-Ekelle à Yaoundé en voie de bidonvilisation, a fini de briser le silence, et l’apathie suspecte des pouvoirs publics sur ce dossier. Le nouvel arrêté interministériel qui réactive la Brigade spéciale des loyers des logements d’étudiants en résidence privée intervient consécutivement à cette action de pression de masse ponctuée de marches, de meetings, de mobilisations et de déclarations organisés par l’ADDEC.
  • Au-delà de la propagande gouvernementale, il y’a lieu de noter qu’un mois après sa création, cette Brigade n’a effectué aucune descente sur le terrain alors que le contentieux entre étudiants et bailleurs culmine. Les étudiants s’emploient donc seuls à faire exécuter les mesures gouvernementales au risque d’affronter l’ire, le cynisme et l’antipathie des bailleurs véreux qui ont infiltré les cercles de décision publique.
  • Les autres villes universitaires restent en marge des objectifs de cet arrêté et la composition de la Brigade , au mépris du souci d’équilibre, intègre les bailleurs alors qu’elle exclut la partie étudiante. Au regard de la portée limitative et discriminatoire de cette Brigade, la crédibilité de ses opérations peut par conséquent être sujette à caution.
  • En outre, l’annonce faite par le MINESUP du démarrage imminent de la construction d’une cité universitaire de deux (02) blocs de 200 chambres chacun, est certainement louable dans l’intention ; toutefois, il faut noter qu’à ce jour, aucun appel d’offres n’a été lancé pour une quelconque des phases du projet. Faut-il y voir une action de plus de manipulation de l’opinion ?

 


8. Sur des considérations d’ordre général

  • Au terme de cette énumération et des constats qui en sont aisément dégagés, il convient de souligner que ces engagements étaient loin de cerner l’essentiel des attentes. L’exigence d’une réforme de fonds de notre système universitaire s’impose comme le seul moyen d’éviter la logique d’éternels replâtrages.
  • A cet égard, que peut-on espérer de la mission commise par le Chef de l’Etat alors que son rapport tarde encore ? Qu’en est –il du Conseil de l’Enseignement Supérieur dont la convocation, qui incombe au chef de l’Etat est attendue depuis vingt trois (23) ans ?

 

III. CONCLUSION

  • Ce qui se vit dans les universités pour être cerné et traité efficacement mérite d’être compris, non pas en sa surface, mais dans sa dynamique de fond. Celle-ci révèle en effet un esprit nouveau, une conscience nouvelle procédant d’une lente infiltration et d’une lente cristallisation de nouvelles vagues culturelles qui s’emparent de notre société.
  • Il faudrait par conséquent dépasser la vision politique traditionnelle dans l’aménagement des stratégies institutionnelles et reconnaître l’irréversibilité de la vague en cours; c’est à ce prix seulement, que l’avenir n’aurait pas de chance de ressembler au passé. A titre d’exemple, La méthode de non violence désarme les mécanismes répressifs déjà fortement délégitimés par les réformes libérales qu’imposent le cours pris par l’Histoire.
  • En avril et en mai, les étudiants ont préservé, assumé et affiché l’apolitisme et le corporatisme de leur mouvement. En faisant le choix de refuser toute interférence ou association avec des intérêts de groupes politiques de quelques bords que ce soit, loin d’être naïfs, ils témoignaient d’un mépris souverain de la politique telle qu’elle se pratique actuellement dans notre pays.
  • C’est le refus de la politique traditionnelle et de ses représentants. C’est le rejet de l’ordre ancien, du vieux système, de son vocabulaire et de ses représentations. Les étudiants sont certes conscients de ce que les problèmes posés ne peuvent actuellement être résolus qu’à partir des appareils étroits du vieux système (culturels, économiques, et politiques) qui fonctionnent actuellement, sans pouvoir espérer mieux aussitôt ; mais, il ne faudrait pas que la vérité ancienne prime sur l’exigence nouvelle au point que les solutions servies soient une nouvelle source de déceptions et ouvrent le champ à des formes de contestations bien plus radicales et dangereuses.
  • Les étudiants prennent la mesure de l’aliénation des esprits qui règne dans nos universités : Un système de formation, d’évaluation et de diplômation obsolète; le savoir que nous recevons se révèle incapable de nous permettre d’exercer un pouvoir d’analyse critique et de transformation positive de la réalité qui nous environne. Dans le meilleur des cas, on nous forme pour servir de main d’œuvre au capital étranger qui vient exploiter nos propres richesses.
  • Il y’a donc lieu de prendre la mesure de la contestation naissante. D’envisager les réformes appropriés et à travers, l’université nouvelle qui doit préparer la société de demain. L’université doit cesser d’être pour exister.

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Publié dans RAPPORTS

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