Lettre ouverte à M. le Premier ministre, chef du Gouvernement

Publié le par ADDEC

LETTRE OUVERTE

A

MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE/

Chef du Gouvernement

MESSIEURS LES MINISTRES

  • De L’Enseignement Supérieur
  • Du Développement Urbain et de l’Habitat
  • Des Domaines et des Affaires Foncières
  • Du Commerce

 

Objet: Détérioration grave du climat social dans

les zones de résidence universitaire .

Messieurs,

I l y a quelques semaines déjà, la Brigade Spéciale des loyers des logements d’étudiants, réactivée à la faveur de la signature de l’arrêté interministériel du 30 juin 2005 (N° 006/MINDUH/MINCOMMERCE/MINDAF/MINESUP) en son article 13 et constituée par l’arrêté N°000010/MINDUH du 07 juillet 2005, descendait sur le terrain pour enquêter en vue de réglementer les prix des loyers en zone de résidence universitaire. Depuis lors, les étudiants sont dans l’incertitude totale, et sous le coup de toutes sortes d’abus (retrait d’ouverture et tôles, menaces de mort, sévices corporels, interpellations en justice et autres expulsions sauvages…) de la part de leurs bailleurs qui les forcent à renouveler les contrats en violation des textes en vigueur.

Face à cette situation,

Il y a lieu de marquer notre profonde inquiétude à la suite de certaines observations que nous nous permettons de porter sur le fonctionnement de la Brigade et à propos desquelles nous attirons votre très haute attention :

  • Trois mois après sa constitution, la Brigade ne compte à son actif qu’une seule descente sur le terrain intervenue seulement au début du mois de septembre dans les seules sites de Yaoundé I & II ;
  • La Communauté estudiantine, les acteurs du logement étudiant et le public en général restent en manque d’informations tant en ce qui concerne l’état d’avancement des travaux de ladite Brigade que sur ses missions au risque d’être sous l’emprise de la désinformation à propos des questions qui relèvent de sa compétence ;
  • La Brigade jusqu’à ce jour, et tout à fait curieusement, ne dispose pas d’adresse. Elle n’est donc pas accessible au public. Ce qui suscite profondément des doutes sur sa crédibilité, sa visibilité et ses capacités opérationnelles au vu de l’étendue et de la permanence de ses missions ;
  • A quelques jours de la rentrée académique, la nouvelle grille des prix des loyers, la liste des mini cités homologuées et le spécimen de contrat attendus depuis trois mois tant par les étudiants que les bailleurs ne sont pas encore publiés.

Ces constats qui mettent en évidence des manquements graves, ont entraîné divers problèmes sur le terrain et qui ne semblent pas préoccuper pour l’heure les pouvoirs publics.

Notons à cet effet que :

  • Les querelles sur les prix applicables et les modalités de renouvellement de contrat de bail surviennent régulièrement entre étudiants et bailleurs provoquant parfois des conflits sévères d’autant plus marqués que les protagonistes ont peu d’informations sur les textes quand ils ne les ignorent pas totalement faute de sensibilisation suffisante ;
  • Les tensions relevées ont entraîné des expulsions sauvages, des sévices corporels sur des étudiants, des destructions de biens d’étudiants et diverses tracasseries liées à des convocations intempestives au niveau des postes de police et de gendarmerie auxquels recourent abusivement les bailleurs ;
  • Les nouveaux étudiants quant à eux, du fait qu’ils sont désireux d’acquérir à tout prix un logement, sont encore obligés de se livrer aux transactions illégales auxquelles s’accrochent les bailleurs véreux ;
  • Actuellement, près d’une quarantaine d’étudiants sont traduits en justice par des bailleurs qui ont rencontré la résistance des étudiants qui refusent de se voir imposer de payer dix (10) mois de loyers en une traite et aux conditions antérieures alors que les nouvelles dispositions règlementaires proscrivent ces pratiques ;
  • L’ADDEC se trouve finalement, en lieu et place de la Brigade et sans aucun soutien, contrainte de mener des campagnes de médiation, de sensibilisation et soutenir les étudiants en détresse. Ces actions ont eu des résultats non négligeables à ce jour :
    • La baisse effective des prix dans vingt trois mini cités,
    • La création de collectifs de résidents pour une meilleure organisation des intéressés,
    • L’obtention de l’appui d’un cabinet d’avocats (KOLWE&MELI) pour un appui juridique aux étudiants cités en justice.

Faut-il douter de la qualité des moyens mis à la disposition de la Brigade aux fins de concrétiser la volonté de mettre en œuvre une politique de justice sociale au bénéfice des étudiants ? Comment comprendre le fait que la Brigade , pourtant à compétence nationale, ait choisi expressément de limiter son action aux seuls sites de Yaoundé alors que les mêmes problèmes se posent avec autant d’acuité à Ngaoundéré, Douala, Buéa et Dschang ? C’est donc la crédibilité de l’action gouvernementale et sa capacité à tenir parole aux étudiants qui sont de nouveau mises à rude épreuve.

Au regard de ce qui précède, il y a lieu de craindre qu’en l’absence de correctifs urgents, la persistance de cette situation n’entraînent des manifestations de mécontentement à grande échelle. Toute chose qui additionnée à une ambiance déjà fort délétère, occasionnerait une hypothèque sérieuse sur la rentrée académique.

Aussi, pensons nous devoir interpeller une fois de plus vos hautes responsabilités pour la mise en œuvre effective et urgente des résultats attendus et susceptibles de soulager les souffrances de milliers d’étudiants.

Veuillez recevoir, Monsieur le Premier Ministre, Messieurs les Ministres, l’assurance de notre engagement civique.

Fait à Yaoundé, le 11 octobre 2005

Pour le Conseil Exécutif National

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